Les vaisseaux d’Alien sont lents Partie 2 : la propulsion
file id: 29990303
- Last update : 2024-01-11:00:19:28
- User company name :Sanduleak 2037
Trève de calculs ennuyeux. On va parler grosses cylindrées. D’ailleurs ce matin, j’ai regardé Turbo.
Que nous dit la science-fiction en matière de voyages intersidéraux ?
On ne va pas tous répertorier parce que sinon j’y suis encore cet été alors tenons-nous en aux mammouths du genre.
Dune : la SF sous champi
Frank Herbert qui ne tournait certainement pas qu’au vin blanc quand il a écrit Dune nous explique ceci.
L’épice – cette substance précieuse qu’on trouve sur Arrakis – permet aux navigateurs de la Guilde stellaire de distordre l’espace-temps avec leur esprit. Cette sur-lucidité leur permet de plus de ne pas planter le vaisseau dans une étoile en chemin.
Comme on va le voir un peu après, il y a bien certains trucs qui permettent de tordre l’espace et le temps, mais certainement pas l’esprit humain. Même sous acide.
A la limite, vous pourriez tordre votre vélo, ou votre dignité. Mais pas l’espace-temps.
Quant à se payer une étoile par malchance comme on se prend un cerf sur la nationale, la probabilité est faible, très faible. S’ils ont besoin d’épice pour ça, c’est quand même sacrément des manches.
Bref, celle-là on va la laisser de côté.
2001, la SF sous valium
A l’opposé du spectre, et donc du what the fuck, il y a Kubrick, ses stations spatiales immaculées, ses vaisseaux qui fleurent bon l’ère Appollo et ses plans fixes qui durent 25 minutes.
Ici, point d’explications sur les systèmes de propulsion mais vu le temps qu’ils mettent pour rallier Jupiter, on peut en déduire qu’ils en sont encore au moteur conventionnel, c’est à dire celui qui a envoyé Armstrong sur la Lune en 1969.
Pour rappel, ce que j’appelle un moteur conventionnel, ce sont les propulseurs de la fusée Saturn 5 qui fonctionnent en brulant de l’hydrogène liquide.
Grosso-merdo, ça reste une réaction chimique, très puissante certes, mais qui a quand même mit une bonne semaine pour emmener trois gustaves jusqu’à la Lune
Bref, le vaisseau de Kubrick, c’est un peu le déambulateur de l’espace. D’ailleurs c’est pas un hasard si le film se termine dans une maison de retraite avec un vieux agonisant. Heureusement qu’ils ont pas voulu aller sur Pluton.
Testostérone et antimatière : le vaisseau d’Avatar
Entre Herbert qui raconte n’importe quoi parce qu’il en a clairement rien à foutre, et Kubrick qui fait de la hard-SF tellement hard qu’en fait, ben c’est juste la réalité, on se demande s’il n’y aurait pas un juste milieu. Entre le complètement perché et le bien chiant, mmm’voyez ?
En 2009, Avatar nous apporte un peu d’eau fraîche avec son vaisseau propulsé par antimatière. Et un moteur à antimatière, ça envoie du bois.
Imaginez qu’un gramme de cette… matière donc (mais anti, vous suivez ?) possède la même puissance que la bombe qui est tombée sur Nagasaki en 1945. A priori plutôt efficace. Sauf que Jack Sully et son vaisseau vont quand même mettre plus de quatre ans pour rallier l’étoile la plus proche : Alpha du Centaure.
Et Zeta 2 Reticuli est huit fois plus loin de la Terre qu’Alpha du Centaure.
La question demeure : à quoi tourne le Nostromo ?!
Bordel.
Mais le Nostromo, il a des réacteurs ?
Oui. Finement observé.
Et ils sont supposément alimentés par un moteur à fusion, comme on peut le lire dans la nouvelle d’Alan Dean Foster ou dans je ne sais plus quel livre sur l’univers étendu d’Alien.
Mais alors quid de la fusion ? C’est mieux que l’antimatière de James Cameron ? Est ce que ça se sniffe comme l’Epice de Dune ?
Et bien non et non.
Tout à l’heure, on a parlé de la fusée Saturn, et vous avez sans doute entendu parler du moteur à hydrogène, qui ne rejette que de l’eau et qui serait l’avenir des voitures ?
Bien. Vous serez heureux d’apprendre que tout ça n’a rien à voir.
Le moteur à hydrogène utilise une combustion chimique. Le moteur à fusion utilise une combustion thermonucléaire. Les deux utilisent le même carburant mais pas de la même manière. Le second est juste cent milliard de fois plus énergétique que le premier.
Au cas où un physicien passerait dans le quartier, j’ai fait ce calcul avec les moyens du bord, c’est une approximation à la louche, au pichet même.
Normalement j’ai pas oublié de retenu mais je suis ouvert au débat.
Retour au Nostromo. C’est à dire qu’avec la même quantité d’hydrogène, il va produire 100 milliard de fois plus d’énergie.
Youpi. C’était donc ça la solution ! On peut y aller maintenant ?
Et bien non. Car si la fusion nucléaire est une dinguerie en terme de rendement énergétique à côté des réactions chimiques, elle reste un peu bidon face à… l’antimatière. En réalité, elle est même cent fois moins efficace (chiffre à la grosse louche là encore).
Donc Alien, hard SF ou molle SF ?
Les choses sont claires maintenant, la fusion nucléaire ne fera jamais voguer le Nostromo d’une étoile à une autre. Mais à ne jamais rien préciser officiellement, ni dans les films, ni dans les livres, on peut accorder le bénéfice du doute à notre cher remorqueur intersidéral tout rouillé et tenter une dernière hypothèse.
Mais avant tout, une petite digression lumineuse.
C : la constante indépassable
Pire que ça même, inatteignable. La vitesse de la lumière – aussi appelée C pour les intimes, et surtout car elle est la Constante ultime – ne peut être atteinte. Ou bien que par les photons, ces petits machins mi-ondes, mi-particules, mi cuits au chocolat et qui se déplacent dans le vide à trois cent-mille kilomètres par seconde.
Tenter de s’en approcher, c’est dépenser des quantités d’énergie considérables pour une accélération toujours plus ridicule. Ajoutez à cela que la masse de l’objet en question augmente et que les distorsions du temps entraînent des effet relativistes qui vous empêcheront définitivement de revoir votre famille vivante quand vous rentrerez sur Terre.
D’ailleurs, si vous avez vu Interstellar vous savez qu’il ne faut pas oublier ses potes dans la twingo quand vous partez profiter des vagues.
En bref et si vous n’avez pas la ref, lisez Kip Thorne.
Le warp-drive
Bon. Puisqu’on vient de démontrer qu’on ne dépassera jamais C en poussant plus fort sur l’accélérateur, il ne reste qu’une option : tricher avec les règles du jeu plutôt que d’essayer de les enfreindre de front.
Et pour ça, il existe une petite pépite théorique qui traîne depuis 1994 sous le nom de métrique d’Alcubierre – du nom de Miguel Alcubierre, physicien mexicain qui s’est ouvertement inspiré de Star Trek pour la coucher en équations. Le mec a lu la doc de la série, a regardé les maths de la relativité générale, et s’est dit « et si en fait c’était possible ».
Le principe : on ne fait pas avancer le vaisseau, on fait bouger l’espace autour de lui. On contracte l’espace-temps devant, on le dilate derrière, et le vaisseau se retrouve assis bien tranquille dans une petite bulle d’espace plat, comme sur un tapis roulant cosmique géant.
L’astuce, c’est que localement, dans sa bulle, le vaisseau ne dépasse jamais C. Il respecte donc la relativité à la lettre, en bon élève. Sauf que vu de l’extérieur, c’est la bulle elle-même qui peut filer plus vite que la lumière. Un genre de vide juridique dans le règlement de l’univers.
Séduisant sur le papier. Sauf qu’il y a un léger souci de logistique : pour courber l’espace-temps de cette façon, il faut de la matière à énergie négative, en quantité qui a longtemps semblé délirante avant que les calculs suivants ne la révisent nettement à la baisse. Le problème, c’est qu’on n’a jamais observé ce genre de matière ailleurs qu’à l’état de trace infinitésimale en labo (effet Casimir). Donc pour l’instant, ça reste une ligne dans une équation, pas un moteur.
Alors, le Nostromo, warp ou pas warp ?
On a donc un vaisseau qui, sur le papier, tourne à la fusion – une technologie qui, aussi violente soit-elle, plafonne très loin sous la vitesse de la lumière – et qui, dans les faits, traverse la galaxie à 20 voire 290 fois C.
Il n’y a que deux explications possibles. Soit Ridley Scott et les scénaristes n’ont jamais ouvert une calculette de leur vie – ce qui est tout à fait probable, on ne va pas se mentir. Soit la Weyland-Yutani planque dans ses soutes une technologie de distorsion façon Alcubierre, jamais mentionnée nulle part parce que, allez savoir, secret industriel.
Dans les deux cas, le résultat est le même : le Nostromo n’est pas plus hard-SF que le Faucon Millenium, il fait juste semblant, avec un meilleur sound design et beaucoup plus de bave d’extraterrestre.
Bonne nuit.